Micro Boy Job & Comm : Quelle phrase faut-il te dire pour te séduire ?
Sylvie Stievenard : S’il s’agit de la séduction amoureuse : « Tu as de beaux yeux, tu sais »

BJC : Et toi ? Que dis-tu pour séduire ?
SS : La séduction ne se traduit pas que par des mots, mais aussi par une attitude, un sourire, de l’attention, de l’écoute, de la compréhension

BJC : Quelle phrase insuffle en toi joie et bonheur ?
SS : Une phrase d’un petit homme haut comme trois pommes : « Maman, je t’aime très très fort »

BJC : Et celle qui te met mal à l'aise ?
SS : Une phrase entendue ce matin à la radio : « 800 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde »

BJC : Quelle phrase te fait fuir ?
SS : « Garde-à-vous !»

BJC : Y-a-t-il une phrase qui te met en colère ?
SS : Cette phrase relevée tout récemment dans les Echos « La ministre de l'Emploi, Christine Lagarde, et son secrétaire d'Etat, Laurent Wauquiez, ont indiqué que les nouvelles sanctions des chômeurs refusant deux offres "raisonnables" d'emploi feront l'objet d'un projet de loi d'ici à fin 208. ». Les mots « sanctions » et « offres raisonnables » me font bondir. Etre au chômage est déjà une situation dure à vivre, alors mettre en place une loi que je juge arbitraire et subjective - quelle est la définition d’une offre raisonnable ? Qui va décréter qu’une offre est raisonnable et que telle autre ne l’est pas ? - me paraît injuste, infondée et injustifiée. La sanction, c’est de la répression, c’est l’entrave à la liberté de chacun, à la liberté de choisir. Je suis en droit aujourd’hui de refuser une offre d’emploi si elle ne correspond pas à mes attentes, aussi bien en terme de fonction qu’en terme de salaire. Je ne suis pas prête à accepter tout et n’importe quoi ! Non, mais !

BJC : Et toi ? Quand tu es en colère que dis-tu ?
SS : Lorsque je suis en colère, je n’ai pas de formules toutes faites, je ne profère pas de gros mots ni d’injures : elles sont proscrites à la maison. Je me mets d’ailleurs rarement en colère, mais lorsqu’elle gronde et que je ne peux plus la contenir, elle jaillit comme la lave et le feu d’un volcan : le rythme cardiaque s’accélère, mes yeux lancent des éclairs, mes joues se colorent d’un joli rouge vermillon et j’exprime dans un débit accéléré tout ce que j’ai sur le cœur !

BJC : Quel est le mot que tu répètes le plus souvent ?
SS : « Bonjour »

BJC : Et celui que tu hais ?
SS : Le mot « pouvoir » lorsqu’il a perdu son sens noble, lorsqu’il est précédé du mot « abus » ou suivi de l’adjectif « absolu » ou du complément de nom « de l’argent »

BJC : Celui que tu aimes le plus ?
SS : Le mot « Liberté »

BJC : Si tu devais oublier tous les mots que tu connais sauf un, ce serait lequel ?
SS : Voici un exercice très difficile. Si je devais oublier tous les mots que je connais sauf un, ce serait le mot « montagne », car à sa seule évocation je pourrais me rappeler le cri de la marmotte, le galop des chamois dans les rochers, le bruit de l’eau des torrents dévalant jusqu’au fond des vallées, les randonnées dans des petits sentiers pentus et tortueux menant au pied d’un glacier majestueux ou d’un lac bleu outre-mer, le lever du soleil au-dessus d’une mer de nuages, les champs de rhododendrons à perte de vue,…

BJC : Lorsque je te dis "emploi" quels sont les trois mots qui te viennent à l'esprit ?
SS : Le premier mot qui me vient à l’esprit est « reconnaissance » car avoir un emploi, c’est faire parti du monde des actifs, c’est être reconnu. Le statut de demandeur d’emploi me met dans une case à part, j’ai l’impression d’être sur le bord du trottoir de la société.
Le deuxième mot est « galère ». Rechercher un emploi s’apparente aujourd’hui au parcours du combattant.
Le troisième « pâtisserie ». Je regarde ceux qui travaillent avec envie lorsque je peux les observer dans des cabinets de recrutement ou comme, dernièrement, chez un notaire. Cette envie ressemble à celle ressentie à la vue de gâteaux alléchants dans la vitrine du meilleur pâtissier de Lille, « Méert », pour ne pas le nommer. L’envie de mordre à pleines dents ces délicieuses petites gaufres fourrées à la vanille et de sentir fondre sous le palais mille saveurs douces, sucrées et tendres… Oui, mais si je commence à en manger une, je ne pourrai plus m’arrêter. Alors, mieux vaut les regarder…
Pour la petite histoire, le Général de Gaulle envoyait son chauffeur à Lille chez Méert pour acheter ces fameuses gaufres fourrées à la vanille créées en 1849.

BJC : Si tu devais inventer une citation, cela serait ?
SS : « Vivre chaque jour comme s’il était unique, l’embellir le plus possible comme s’il était une parcelle de temps précieux, afin que chaque jour compte ». Cette phrase est extraite du livre de Gilberte-Louise Niquet « Les enfants du Beffroi ».

BJC : Es-tu "être" ou "avoir" ?
SS : « Avoir », je l’entends dans le sens « posséder ». Je suis donc « être » : j’existe, je suis, je vis

BJC : Enfin si tu étais une ponctuation ?
SS : Dans le contexte actuel qui est le mien, si j’étais une ponctuation, je serai le point d’interrogation « ? ». Parce que mes enfants me posent beaucoup de questions auxquelles souvent j’ai beaucoup de mal à répondre. « Dis maman, pourquoi appelle-t-on une chaise une chaise et une table une table ? Pourquoi ne pourrait-on pas appeler une chaise une table et une table une chaise ? ».
Et, puis, aussi parce que mon avenir professionnel aujourd’hui prend la forme d’un gros point d’interrogation et, finalement, je l’aime ce gros point d’interrogation. C’est un peu comme si je débutais dans la vie professionnelle, je suis neuve de ne pas savoir dans quel secteur d’activités je travaillerai demain. Tout est possible.

Micro 2

BJC : Merci Sylvie pour ces petites confidences linguistiques. La prochaine fois que je monte à Lille, je tacherai de m'arrêter chez Méert... J'espère juste tenir jusque là... La semaine prochaine, j'irais bien faire un tour du côté Grenoble à la rencontre de Chouchou et Loulou... à moins que ce ne soit Jules et Jim ou Scully et Mulder ???