Kilomètre 100 – Quelque part entre Arles et Nîmes – Les manades, la Camargue, les flamands roses…

Diable conscience Bon, alors ma vieille… Comment ça « ma vieille » ?!? Ben oui, va falloir t’habituer à entendre « désolé, notre équipe est très jeune, moyenne d’âge 27 ans, j’ai peur que vous ne parveniez pas à trouver vos marques » ou « 44 ans…44 » ou encore « je vois que vous avez 45 ans ? non 44. Peu importe, vous savez à votre âge les statistiques montrent que l’on met 3,7 fois plus de temps à trouver un emploi… » Ça sent le vécu… Oui et il n’en avait pas 44 mais…… 41, alors t’imagines….

Bon alors qu’est-ce que tu vas faire quand tu seras au chômage ? Tu vas en avoir du temps libre ! Tu vas pouvoir rattraper ta lecture et ton sommeil en retard, répondre à tous tes mails, profiter du soleil, sortir, regarder ta DVDthèque, les prochaines saisons de Lost, de Dr House, Prison Break… Pour bien faire, faudrait aussi que tu ranges tes photos bien comme il faut dans tes albums (et tu pourrais peut être te mettre au scrapbooking depuis le temps…). Ça serait bien aussi que tu classes tes recettes de cuisine découpées au fil des magazines, que t’archives tous tes papiers, et y’a le garage et la cave à ranger aussi. Tiens ! Tu pourrais profiter de la prime de licenciement pour refaire les papiers peints et la peinture… Et si t’es licenciée pendant les soldes ? Tu vas pouvoir faire les boutiques avec tes copines !

Ange Conscience Tsst Tsst ! Ola ! Et du boulot, elle en cherche quand du boulot ? C’est bien joli tout ça mais va quand même falloir se mettre en quête du Saint Graal ! C’est pas les vacances !

Kss Kss ! Elle a le temps, qu’elle profite d’abord, elle vient quand même de travailler 13 ans d’affilée ! ça fait pas de mal de profiter un peu.

Non !! Il faut qu’elle trouve un nouveau job et vite !! Donc inscription chez les hautes instances de l’emploi perdu et rémunéré, inscription sur les hautes instances de l’emploi Webisé, renseignement de tous les formulaires (là y’a du boulot parce que les cases formatées et elle, ça fait deux !), refonte de son projet professionnel, de son CV et de sa lettre de motivation…

Non mais ça suffit ! J’ai l’impression de voyager avec la cigale et la fourmi !!

Kilomètre 200 – Quelque part entre Montpelier et Béziers – Les huîtres de Bouzigues, les plages nudistes d’Agde…

Attention piège de Skynet en vue ! 130 ou 110 ? Ah là, y’a plus personne pour répondre hein ? Vous disiez quoi déjà ? Ah oui ! Que je pourrais bien profiter un peu de mon temps libre pour chercher un boulot, ranger la cave et refaire le papier peint… Bon, ranger la cave, avec une bonne bombe « anti-arachnides même déjà mortes », je veux bien. Refaire la déco, avec plaisir. Mais rechercher du boulot… Je fais comment ? où ? quand ?

La dernière fois que j’ai été au chômage c’était en 1994… Je me souviens qu’il fallait d’abord aller à l’Anpe puis aux Assedic avec le papier jaune que vous avait donné l’Anpe… à moins que ce ne soit aux Assedic puis à l’Anpe avec le papier bleu que vous avait remis l’Assedic ?

Bref, cette année-là, j’arrivais à Marseille. Pas génial de commencer sa nouvelle vie en s’inscrivant à l’Anpe, imaginez : « Et elle vient chercher quoi la Parisienne chez nous ? » (véridique !). Le transfert de mon dossier du « Grand Nord » à la « capitale » (« ici c’est la capitale, ailleurs c’est la France » m’explique-t-on !) avait pris la vitesse de l’Orient Express et le virement bancaire se faisait tous les 14 du mois (« tout doucement le matin, pas trop vite l’après midi » est la première expression méridionale que j’ai apprise et expérimentée !).

Aucun entretien avec aucun conseiller pendant un an. Juste une réunion d’information au début, pour nous dire de ne pas oublier de pointer tous les mois par l’Audiotel (communication à la charge du chômeur) et de penser à garder les justificatifs de recherche. C.a.d, découper les annonces auxquelles on répond et les coller dans un cahier (dixit) et garder toutes les lettres de refus (pourquoi elle nous parle pas des lettres d’embauche ??)

Je me souviens aussi que pour consulter les annonces, c’était un vrai périple : une heure de bouchon pour me rendre à mon agence locale « la plus proche »…

Kilomètre 300 – Quelque part entre Narbonne et Carcassonne – Les Cathares, la cité médiévale, le Canal du Midi…

Ange et démonEt pourquoi tu sors pas à la prochaine sortie ? (Castelnaudary NDLR) T'en a toujours rêvé, jamais profité. T’as pas envie d’aller chercher un bon cassoulet chez le producteur ? Oh… Allez… t’arriveras un peu en retard, qu’est ce que tu risques ? D’être virée ? Kss, Kss ! Alors, tu vas lui dire quoi au big boss ?

Tss, Tss ! Rien du tout, elle va rien dire. Que veux tu qu’elle dise ? Y’a plus de sous dans les caisses pour payer les salaires.

Que voulez vous que je lui dise ? J’ai sincèrement apprécié de travailler avec eux dans un esprit d’entreprise et dans le respect très rares aujourd’hui, ils me faisaient confiance, j’étais en totale autonomie. Le seul hic venait de leur appréhension de la communication en général. L’entreprise va mal et s’il faut qu’elle passe par là, soit.

Kilomètre 400 – Toulouse – la ville rose, Claude Nougaro, les violettes, mes racines…

Me voilà arrivée. C’est « tatie Lucie » (entreprise familiale, n’oublions pas) qui m’accueille, « alors… comment ça va ? » Voici encore une phrase de mauvais augure, pourquoi n’a-t-elle pas dit « tiens ! comment vas-tu ? »… Parce qu’elle sait et que c’est avant tout une tatie poule, inquiète de la situation et pour tous ses poussins. Deux mots d’encouragement très maternels, un regard rempli de larmes et voilà que la tête du neveu passe par l’entrebâillement de la porte « on se voit maintenant Nathalie ? ».

Kilomètre 0 – sens du retour

Je vous raconte le retour ? Non je plaisante ! Ou juste une chose : je leur ai laissé la cigale et la fourmi et moi je suis rentrée la tête remplie d’ondes positives, de projets… la page est tournée.

Mon entretien ? Comment ça s’est passé ? Autour d’un déjeuner. Y’a pire comme entretien de licenciement non ?

accord 2 Le contexte : fermeture de l’agence de Marseille pour cause de budget. Mon travail est apprécié mais jugé « inutile » même s’il est évident qu’il a beaucoup apporté (allez comprendre) Mais il faut faire un choix : la communication (improductive) ou les conducteurs de travaux (productifs) … Peut être qu’ils se trompent et peut être qu’ils me rappelleront dans 6 mois, mais les faits sont là : il faut faire des économies.

Leur proposition ? Mutation à 450 kms de Marseille pour faire tout autre chose que de la communication. Ma contre proposition ? Licenciement économique avec CRP (Convention de Reclassement Professionnel). Réponse après consultation de l’Avocat la semaine prochaine.

A suivre donc…

Vous savez quoi ? Une journée sans page blanche, c'est dur !! Il me tardait de rentrer et de gribouiller ! Le dictaphone m'a bien été utile (enfin quand la cigale et la fourmi m'ont laissé un peu tranquille)