Episode 12 – saison 1

Au milieu de mes rêves de voiliers, d’océan et de grands espaces, une odeur lourde et pesante de chocolat me réveillait soudain. Le parfum de la framboise mêlé à celui du chocolat emplissait la pièce dont les 5m² m’étouffaient déjà (à moins que ce ne soit cette odeur). Mon retour à la réalité me donna des frissons et l’odeur chocolatée raviva ma nausée. Combien de temps avais-je dormi ? Ma montre indiquait 21h50, la lumière de la pièce s’était assombrie, et la lueur blafarde de l’écran de l’ordinateur éclairait faiblement les alentours. L’ordinateur… mon seul lien avec l’extérieur. Je m’approchais, chaussais mes lunettes et constatais que l’écran de veille s’était activé. Le logo de Fernston clignotait sur fond d’océan. Logique.

Je m’étais renseignée sur l’entreprise sur Internet. Le moteur de recherche avait trouvé des chambres d’hôtes aux USA dans le manoir Fernston (peu probable), un projet de l’association Jackson de création de maisons pour le Village Fernston (Le village… le prisonnier…numéro 6… le gaz anesthésiant… Patrick McGoohan… un signe ?). Je me souviens aussi d’y avoir trouvé sous le même nom, une communauté (secte ?) qui étudiait le « neuro-linguistic-programming » et qui parlait de Babylon (le Codex Médiorum, BJGRVCSC, B pour Babylon ?) et également un site parlant de méta fusion sur lequel la traduction automatique de Google avait échoué sauf pour le nom même de Fernston qu’il traduisait par une série de chiffres (que je me souvienne… 102.9.105, non 104 oui c’est ça 102.9.104. J’avais pensé à une adresse IP. Gardons ce code dans un coin de ma tête)

Et puis, j’avais trouvé Fernston et Cie, société française basée à Rungis, fabricant des derniers systèmes d’hydro propulseurs pour les Hovercraft qui reliaient encore l’Ile of Wight à Southampton. « Since 1876 » disait l’accroche… 1876…la même année Henri Nestlé et Daniel Peter inventaient le chocolat au lait, bizarre… Je n’étais donc pas étonnée de trouver un écran de veille sur fond marin mais quand même surprise que ce ne soit pas sur fond chocolaté.

J’appuyais sur la barre espace. Bip ! Puis sur Enter. Biiiip ! Une touche. Rien. Une autre. Toujours rien. En désespoir de cause je remuais comme une dératée la souris. Pouf ! un écran bleu apparu. « enter your password ». L’odeur du chocolat devenait de plus en plus intense, entêtante, écœurante mais contre toute attente me fournissait à chaque inspiration une bouffée d’énergie. Je tentais le plus facile (ben oui, chez moi le mot de passe est Maxime, le prénom de mon fils !) « BJGRVCSC ». Password denied. « Flav ? » après une hésitation de quelques secondes, l’ordinateur refusa ce nouveau mot de passe. Cela voulait certainement dire que Flav avait été un des mots de passe à un moment donné. « Sarah ? » zut ! « Christophe ? » re zut ! « Ephemer » « JBoss » grrr « Ju…. Non ! ça y est je sais ! EVY ! »

Password accepted !!

J’entendis des pas dans le couloir, précipités et légers, sans doute Sarah… Mon Dieu… Paul ! Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé ! Mais qu’est ce que je raconte ? C’est tout bonnement impossible, Paul ne peut être complice de quoi que ce soit et encore moins à mon détriment ! Je reste persuadée qu’ils ont dit cela pour me faire peur et qu’il aura bientôt mon message. La porte s’ouvre, laissant passer Sarah en tenue de sport grise aux initiales EVY brodées côté cœur. Juste pour moi le temps d’éteindre l’ordinateur.

Paul venait de rentrer chez lui, sa journée avait été harassante, mais il avait l’impression d’avoir accompli le bien autour de lui, encore aujourd’hui, en écrivant son article sur les dérives des employeurs sans scrupule et du travail saisonnier au noir sur la base d’une information de son copain Patrick qui travaillait à la DTE.
DTE, ce mot le fit sourire et lui fit penser à Capucine, sa sœur, qui confondait DTE et DST ;-) Tiens, mais au fait, où peut bien être passée Capucine ? Elle avait un entretien ce matin, dans une entreprise de haute technologie, mais, sans nouvelle, il craignait de l’appeler de peur de raviver l’émotion d’un entretien raté… Il l’appellera demain.

En sortant de sa douche, il mit un fond de musique avec le Best Off de Tears for Fears et s’apprêtait à mettre son téléphone portable en charge quand il s’aperçut qu’il avait deux messages. « Bonjour, vous avez deux nouveaux messages, à tout moment vous pouvez revenir au menu en appuyant sur la touche *. Premier message reçu aujourd’hui à 10h30 » « Salut Paul, c’est Patrick, faut que je te parle, j’ai une info intéressante sur une société à Rungis, une boite assez louche, c’est l’Anpe qui nous a alerté… elle s’appelle Fernston. Faudrait qu’on se voit rapidement, mais n’en parle à personne, on tachera de se voir dans un coin tranquille »
Le ton de Patrick était franchement bizarre… Fernston… mais c’est pas la boite où devait aller Capucine pour son entretien ? Whoua ! il faut qu’il l’appelle. « Bonjour, vous êtes sur la boite vocale de Capucine Rabulot. Je ne peux vous répondre pour le moment mais laissez moi votre message après le bip sonore, promis je vous rappelle très vite. Biiiip » « Allo ! Allo ! Allo ! et m… plus de batterie ! » Paul mit son téléphone en charge oubliant le deuxième message de sa boite vocale, alla se chercher une bonne bière et alluma son ordinateur.

« Capucine, vous êtes enfin réveillée ? Nous allons devoir travailler ensemble ce soir, enfilez cette tenue, vous serez plus à l’aise et rejoignez moi dans la salle de réunion de ce matin, vous avez 4 minutes pas une de plus, on a déjà perdu assez de temps comme cela avec votre longue sieste ! » Je pris la tenue, identique à la sienne, exactement à ma taille et je l’enfilais. C’était ma seule issue, enfiler cette tenue pour passer inaperçue et essayer de me faufiler à l’extérieur, le plus naturellement du monde…

Capucine sortait de sa prison blanche, oubliant à l’intérieur son sac, ses lunettes et son … téléphone

Qui prend la suite ?