Episode # 22 :

« Monsieur Rabulot ? Monsieur ? »
Perdu dans ses pensées au sujet d’un dénommé ‘le chat’, Paul n’arrivait pas à se concentrer sur ce qu’il lisait. Il leva le nez de son journal. En face de lui se tenait Josette, la serveuse de son troquet préféré. Elle avait l’air ennuyé.
« Monsieur Rabulot, un monsieur vous demande au téléphone, vous pouvez le prendre au bout du comptoir là bas, mais ne restez pas longtemps hein, sinon je vais me faire engueuler moi ! » dit-elle en montrant du doigt à Paul un vieux combiné, gras et collant…

Paul s’était réveillé aux aurores, il fallait qu’il repasse au journal pour boucler un article sur les risques psychosociaux au travail, il avait aussi une tonne d’appels à passer et en premier lieu à Patrick et Sarah.
Comme tous les matins, en allant allumer la cafetière, Paul s’était arrêté devant son PC posé sur la table basse du salon et l’avait allumé. « enter your pass world » « chocolate ». Chaque matin, il souriait en tapant ces lettres et pensait tendrement à Sarah. Il ne se souvenait pas comment il avait eu cette idée, mais après une séance de dégustation de chocolat en tête à tête avec elle, il avait modifié son mot de passe… Mais bon, un mot de passe est un mot de passe ! Celui là ou un autre peu importe.

Immuablement, comme chaque matin, le temps que tous les petits programmes se chargent, que l’anti-virus fasse son petit tour d’inspection, Paul alla se faire son café. Deux sucres et hop ! le revoilà devant son écran et son premier réflexe comme toujours : Outlook. Quelques secondes d’attente lui permettent de touiller son café (comme tous les matins). 18 messages, coup d’œil rapide en diagonale. Aucun de Sarah, petite déception… Aucun de Capucine non plus… « faudra que je l’appelle ce matin » pensa Paul. Ah ! Tiens ! un message de Patrick !

« Salut Paul, je n’ai pas eu de tes nouvelles hier, t’as du être sacrément occupé pour zapper ton meilleur ami ;-) Alors comme je sais que le sacro saint café du matin ne va pas sans ses sacro saintes tartines connexions, je suis sur que tu liras au moins ce mail. J’ai une affaire sous le coude qui pourrait bien t’intéresser. Encore une affaire dég… qu’il faut à tous prix médiatiser. Je suis en réunion toute la journée, si tu veux je te rejoins chez André et Lucette pour un deuxième café avant d’aller au boulot ? J’y serai à 8h. à + »

Un rapide coup d’œil à l’horloge Google indiqua à Paul qu’il était 7h30, lui laissant encore un peu de temps pour aller sur le blog de sa sœur qui avait dû publier un billet dans la nuit s’il en croyait son flux RSS. Gagné ! La lecture du billet le rassura, elle avait l’air d’aller bien, la lecture des commentaires lui laissa un goût amer. Un dénommé ‘le chat’ l’appelait ‘la souris’ et tenait des propos un peu bizarres « souviens toi de nos petits entraînements »… Hey ! c’est quoi ce truc ? Capucine ne lui avait jamais parlé d’entraînements quelconque… Paul ne savait pas pourquoi mais il lui semblait que Capucine lui avait caché quelque chose, mais quoi ? Qui était le chat ? Quelle était le degré de leur relation ?

Plongé dans ses pensées, Paul alla prendre sa douche machinalement, enfila un jeans et un polo de rugby, oublia de se raser, pris son ordi et fila chez André et Lucette comme tous les matin pour son deuxième café (faudra qu’il pense à faire ce test qu'il a vu sur le blog d’un dénommé Flav ;-) )

Il pris le combiné entre deux doigts, la nausée au bord des lèvres (si vous voulez savoir comment sont les cuisines d’un restaurant, visitez les toilettes et inspectez le téléphone !)
« Allo ! »
« Salut ! Paul ? J’arrive pas à te joindre sur le portable, c’est bizarre, j’avais l’impression que l’appel était redirigé…»
« Ah ? mais qu’est ce que tu fiches ? je t’attends depuis plus d’une demie heure ! »
« Scuse, un appel de dernière minute, il a fallu que je me rende sur un chantier vérifier les conditions de travail de pauvres gars exploités en plein cagnard. Je ne pourrais pas venir, on peut se voir ce soir pour dîner si tu veux, je te rappelle. En attendant, essaie de te renseigner sur la Sté Fernston… »
« Fernston ? Mais oui bien sûr ! je savais que cela me disait quelque chose quand j’ai eu ton message hier ! C’est l’entreprise chez laquelle ma frangine a postulé !! »
« Hein ? t’es sûr ? »
« Puisque je te le dis… elle a même fait un billet là-dessus sur son blog ce matin, pour dire qu’elle attendait leur réponse, même qu’un mec avec un pseudo à la … »
« Paul, c’est important ce que tu me dis là… tu as eu ta sœur depuis hier ? »
« Non, elle était sur boite vocale. Mais pourquoi tu me demandes ça ? »
« faut à tout prix que tu la joignes. Essaies d’en savoir plus sur son entretien. C’est important Paul… Assure toi qu’elle va bien… »
« non mais arrête là, tu me fais peur d’un seul coup… qu’est ce qu’il se passe ?? »
« on peut pas en parler au téléphone, fais ce que je te dis, appelle Capucine et invite la à notre RDV ce soir. A 20h dans le petit restau chinois de d’habitude ça te va ? »
« OK à ce soir, et bé, la journée va être rude, je le sens ! à + »

Paul raccrocha le téléphone et eu presque les doigts arrachés quand il voulu lâcher le combiné auquel ils étaient collés. Tout allait très vite dans sa tête. Il pris son portable, tout avait l’air normal, mais il faudra qu’il pense à aller chez Phone Business dans la semaine car ce n’est pas la première fois que ses interlocuteurs lui font la remarque. La dernière fois, Capucine était même persuadée qu’ils étaient écoutés ! Il commanda un autre café et composa le numéro de sa sœur. Messagerie. Son appartement étant sur le chemin, Paul décida d’y aller.

Il monta les marches 4 à 4, non sans avoir salué la concierge qui leva le coin du rideau (« on peut pas être tranquille ici ! ») Arrivé au 4ème, il s’apprêta à sonner quand il aperçu un fin ray de lumière dans l’encablure de la porte… Il la poussa doucement et perçu des petits bruits venant de sa chambre. Capucine avait du oublié quelque chose en sortant et était sans doute retournée le chercher dans sa chambre en laissant la porte ouverte. Pas prudente la frangine ! Paul décida de lui donner une leçon et s’approcha doucement, sur la pointe de ses baskets… Arrivé devant la porte de chambre, il eu soudain des sueurs froides. Un homme se tenait là, lui tournant le dos et se mouvant comme…un chat…

Auteure : BJC

EDIT : Enfin les premières révélations sur la Société Fernston grâce à Véronique ! RDV sur Drôle d'emploi pour l'épisode 23 (déjà!!)