Le télétravail et moi, nous nous fréquentons depuis 1999. C'est un ami qui nous a présenté et je crois pouvoir dire que c'est majoritairement le cas des autres télétravailleurs : le télétravail ne passe pas de petites annonces sur Meetic via le circuit normal.

Cet ami bossait dans une boite normande qui mettait en place une politique commerciale de proximité. C'est le cas le plus courant d'ailleurs : une société recherche à se rapprocher de sa clientèle régionale sans pour autant ouvrir d'agences. Me voici donc Responsable Commerciale des régions Paca, Languedoc Roussillon, de la Corse et des Dom Tom. Puis des années plus tard, cest une entreprise toulousaine qui me débauchait comme Responsable de Communication dans le même contexte.

1ère mission : réorganiser mon home sweet home en home work home. Pas question de travailler sur le coin de la table de la cuisine, pas question d'envahir la chambre à coucher ! Un bureau rien qu'à moi (et une chambre d'amis en moins) et une annexe sur 4 roues fournie par la société pour sillonner les routes du sud.

Il est certain que si je n'avais pas eu un endroit dédié à mon travail, je n'aurais pas tenu longtemps, le télétravail est envahissant ! Il faut être capable d'accepter qu'une partie de son chez soi devienne une annexe de son travail. Voir les papiers envahir les étagères, entendre le crissement du fax après 19h (et forcément poser sa fourchette pour courir voir) n'est pas chose facile pour tous. Parfois je me faisais l'effet d'un gendarme vivant dans sa caserne, d'une institutrice logée dans son école...

hamac1er constat : je passais soudain au regard des autres du statut de working girl à celui de femme au foyer... Nathalie ne prenait plus l'ascenseur à 7h et à 20h, on croisait Nathalie à la boite aux lettres ou chez le boulanger plus souvent, on pouvait joindre Nathalie au téléphone tous les jours et à toute heure...bref Nathalie ne bossait plus, Nathalie était au chômage, Nathalie était malade, Nathalie profitait du système... J'ai heureusement échappé à Nathalie bat part en retraite !!

Ce fut très difficile de faire comprendre à tout ce petit observatoire curieux que je travaillais et peut être même plus qu'avant ; que lorsque je prenais ma voiture ce n'était pas pour aller faire les soldes mais pour filer sur Perpignan voir des clients ; que le soir, tandis qu'eux se reposaient d'une journée d'embouteillage, moi je faisais des rapports et des devis... J'avoue que le regard des autres au départ fut assez lourd, passer pour une feignasse, alors que vous bossez plus que de raison est assez énervant...

Mais avec le temps, j'ai attisé la jalousie de certains, l'envie des autres et la curiosité de beaucoup... Le télétravail est une situation tellement atypique, que finalement mon entourage ne retenait que ça ! Aujourd'hui, quand je croise mes amis, mes voisins et qu'on entame une discussion sur le boulot, la première question qui leur vient est sans conteste « tu bosses toujours à la maison ? » et la seconde « tu fais quoi déjà au juste ? ». Notez que si j'avais bossé directement dans les locaux de l'Entreprise Moderne, la question aurait été tout à fait différente : « toujours chez l'Entreprise Moderne ? » et la seconde sans doute « toujours dans la communication ? ».

Et pour la petite anecdote, quand vous êtes au chômage pour de bon... et bien... personne ne remarque rien !!

2ème constat, j'adorais travailler chez moi ! Mon bureau était agréable, à mon image, calme et silencieux. Pas de claquement de portes, pas de grands cris patronnesques, pas de soupirs collégiaux, pas de queue à la cafetière, des toilettes tjrs propres, une musique de fond à mon goût... En été, je transportais une annexe de mon bureau sur ma terrasse, même si la cohabitation avec les cigales était parfois tendue tant elles troublaient les émissions hertziennes de mon (insu)portable.

La cohabitation avec mes collègues ne me manquait pas du tout à l'instar d'autres qui jetèrent rapidement l'éponge. Déjà très responsable, je développais ainsi un sens de l'autonomie à toute épreuve, tout en restant en immersion dans mon entreprise par le téléphone ou lors de visites ponctuelles.

jongle avec horloge Question organisation, tout s'est mis en place très rapidement et très naturellement. Je n'avais jamais travaillé dans de grosses structures avec pointeuse, « hiérarchie hiérarchique hierarchisée », contraintes, présentéisme... Ayant toujours travaillé en relation directe avec la Direction, mes relations avec mes employeurs ont tjrs été empreintes de confiance mutuelle, de liberté d'action, de réciprocité. Si l'on me voyait travailler entre midi et deux, on ne me remerciait pas et si je partais exceptionnellement à 15h on ne me le reprochait pas non plus. Un coup de bourre, je restais jusqu'à pas d'heure, un coup dur perso et je disparaissais sans culpabilité. Aussi, j'ai appliqué la même organisation au télétravail.

Les journées se suivaient sans se ressembler. Il y avait des matins où je commençais à bosser un café dans une main, la souris dans l'autre dès 7h, pour me rendre compte à midi que je travaillais encore en pyjama ;-) D'autres jours, plus calmes, me permettaient de conjuguer vie personnelle et professionnelle même si on trouve toujours quelque chose à faire. Le téléphone portable me permettait de rester connectée même en étant chez le coiffeur ou chez le docteur, les mails me permettaient quant à eux de basculer une partie de mon travail à des heures tardives ou matinales.

La Sécurité Sociale devrait également remercier les télétravailleurs car il est évident que les arrêts maladie sont bien moindre quand vous travaillez chez vous, un paquet de Kleenex dans un main, la boite de Doliprane dans l'autre. Travailler entre deux siestes devient tout à fait possible et crédible !

Travailler autrement s'est imposé tout seul : évaluer mon travail non plus en heure de présence mais en tâches effectuées, repenser mes relations avec l'extérieur non plus en accolades mais en virtuel. Et franchement cela me convenait très bien, non pas que je sois un ours, mais je me retrouvais dans la productivité non parasitée par les aléas de la vie d'entreprise et collégiale.

Balance tête coeurCôté épanouissement, je dirais qu'il est évident mais encore faut-il maitriser la méthode : travailler chez soi est au début très prenant, surtout quand on est une bosseuse. Un dossier à boucler, un match à la TV et hop ! nous y revoilà jusqu'à 22h. Il est impératif de prendre du recul et l'inverse est également vrai, ne pas laisser nos deux vies privées et professionnelles se marcher l'une sur l'autre s'apprend.

Mon plus bel exemple d'épanouissement a été pour moi ma maternité : travailler enceinte sans les inconvénients habituels que beaucoup subissent ou redoutent, pas d'arrêt maladie, la satisfaction de mener à bien les deux "missions" du moment, j'envoyais même encore des fax la vielle de mon accouchement ! Retour à la maison : m'occuper de ma graine d'ADN en travaillant, pas de crèche, pas de nounou... me permettant ainsi d'allaiter mon BB jusqu'à 8 mois !

J'ai très certainement également changé : encore plus responsable, plus organisée, basant plus que jamais mes relations professionnelles sur la confiance réciproque ; avec un regard nouveau sur l'entreprise, voir son employeur de l'extérieur donne un recul nécessaire et salutaire en cas de conflit, de crise. Communiquer sur une entreprise avec un regard distant et extérieur m'a également apporté beaucoup et cela sera très certainement une force dans mon futur projet professionnel.

Le télétravail et moi, c'est une alchimie naturelle... oui mais voilà... J'en découvre aujourd'hui, à mes dépens, deux facettes qui méritent d'être soulignées : juridiquement et contractuellement, un télétravailleur est rattaché au siège social de l'employeur et à tout moment il peut lui demander de réintégrer cette entreprise (la fameuse clause de mobilité). Quand la distance s'en mêle, c'est le licenciement... Et puis, quand vient le moment de trouver un emploi et que force est de constater que le télétravail est rare, il faut se résoudre à travailler EN entreprise... mais en suis-je encore capable ???

croisée des cheminsVoilà pourquoi aujourd'hui ma réflexion sur mon avenir et mon projet professionnels prend une tout autre direction dont je vous parlerai très bientôt.

NB pour Mr Cyril Slucki : prenez la peine de lire mes billets avant de laisser (dès que le mot télétravail apparait) votre publicité en commentaire que je mettrai inlassablement hors ligne;