Entre mépris et méprise...
Par // Parcours création // 11 commentaires
L’Express du weekend dernier titrait « Laure Gryncbaum, auteur de Comment rater à coup sûr sa création d'entreprise fait l'inventaire des idées reçues sur l'auto-entreprenariat » Je m’attendais à un article qui rétame enfin tous les préjugés sur ce régime et je fus bien déçue… Je me trouvais face à un avis négatif et méprisant et la moutarde m’est montée au nez !
le « statut » d’auto entrepreneur d’ « outil politique »
Premier point de désaccord : AE est un régime et non un statut… Personnellement j’ai le statut de profession libérale sous le régime (social et fiscal) de l’auto entreprise (anciennement micro-entreprise).
Des années que tout le monde râlait en France sur la lourdeur des démarches pour entreprendre. Créer son entreprise était (et est toujours) un parcours du combattant : les formulaires roses, bleus, verts ; les aller/retour d’une administration à l’autre ; les cases à remplir, celles à cocher ; le coût des statuts et des formalités (…) Combien de porteurs de projets ont envie, ou les moyens, de se lancer dans ses conditions ? La création du régime de l’AE a été mise en place pour alléger tout cela et sincèrement l’objectif est atteint : j’ai monté mon entreprise en 7mn !
Voilà donc une mesure largement plébiscitée devenue réalité qui devient, en période d’élection, un outil bassement utilisé politiquement …
« il permet de faire baisser le taux du chômage »
N’en déplaise aux statisticiens, je suis AE et pourtant toujours chômeuse ! Tous les mois depuis le premier jour de mon parcours de créatrice d’entreprise j’ai pointé « oui je cherche toujours un emploi » tout en étant en formation (condition du Nacre et contrat Cape) et aujourd’hui que je suis officiellement immatriculée je continue de pointer pour conserver mes allocations ! Point de baisse je n’entraine !
« ces "auto-entreprises" ne sont même pas considérés comme de réelles entreprises, selon la définition européenne. Une entreprise est une entité collective qui évolue sur un marché concurrentiel et créé des emplois. »
J’évolue sur un marché concurrentiel que j’ai étudié pour mon business plan, je suis donc une entreprise. Je ne crée en effet pas d’emploi à proprement dit mais j’ai des partenaires, eux aussi AE et je collabore avec eux régulièrement je suis donc une entité collective.
« Les AE n'ont généralement pas vocation à s'agrandir »
Nombreux sont les AE qui se servent de ce régime comme tremplin. L’intérêt n’est pas de rester AE trop longtemps… Tout le mal qu’on puisse nous souhaiter c’est de réussir à dépasser très vite le seuil des 32 600 €uros de CA et de filer droit vers la création en Société. Saviez-vous par exemple que si vous créez votre Société à partir du régime de l’auto-entreprise et sous certaines conditions, le CA que vous aurez réalisé en tant que AE deviendra partie de votre capital ? Une bonne raison pour grandir...
« on donne aux gens l’illusion de créer une véritable entreprise »
Mais j’ai créé une véritable entreprise et je la gère comme telle !! J’ai un numéro de Siret, une marque déposée, des charges à payer, des objectifs à réaliser. J’ai fait une étude de marché, j’ai posé les fondations de mon activité… J’ai les mêmes responsabilités, les mêmes droits, les mêmes devoirs que tous chefs d’entreprise. J’ai juste eu plus de facilités à monter la mienne et j’en aurai aussi pour la fermer si cela ne marche pas… oui parce que j’ai aussi les mêmes risques 
« De plus ce statut a complètement détricoté le droit du travail : ceux qui l'ont adopté sont travailleurs indépendants, ils n'ont donc plus droit aux 35 heures, ne cotisent pas au chômage, n'ont plus de congés payés... »
Mais que vient faire le Droit du Travail dans ce débat ?!? Ne faisons pas d’amalgame… Laure Gryncbaum parle de travailleurs indépendants, je préciserai TNS (Travailleurs Non Salariés) et cela veut bien dire ce que cela veut dire « non salarié » ! De fait le Droit du Travail ne nous concerne plus ! Nous ne détricotons rien, nous laissons le Droit du Travail aux salariés concernés et à aucun moment notre condition d’AE n’a d’incidence sur celui-ci ! Salarié tu peux dormir tranquille…
Tout Chef d’Entreprise (sauf certains cas bien précis comme gérant salarié) renonce en tout état de cause à ses privilèges de salarié (si on peut parler de privilèges… mais là c’est un autre débat) et n’est donc plus concerné par le Code du Travail et ses droits (à moins qu’il n’embauche un jour) Certes un Chef d’Entreprise n’a pas de congés payés, mais cela ne l’empêche pas d’être en vacances… Certes il n’a pas non plus droit aux 35h, parfois il en fait moins, parfois il les fait en une journée ! Quant au chômage… restons positifs !
« 20% ont déjà changé de statut car ils avaient atteint un chiffre d'affaires supérieur à 27 000 euros (ndlr : au-dessus de ce chiffre d'affaires, les auto-entrepreneurs sont contraints de changer de statut) »
Non un AE n’est pas contraint de changer de statut régime à partir d’un CA de 27 000 €uros… En 2011, il pourra faire jusqu’à 32 600 €uros de CA et d’ailleurs faire ce chiffre n’entraîne pas systématiquement un changement de statut régime puisqu’une marge de 10% est tolérée…
« ces personnes auraient sûrement tout aussi bien réussi avec un vrai statut. »
Un « vrai » statut… Commençons par regarder l’AE comme un « vrai » chef d’entreprise. Et puis d’abord, j’ai un vrai statut : je suis profession libérale, comme mon Docteur, mon Avocat !
Réussit-on son entreprise grâce à son statut, son régime ou grâce à ses compétences, à sa bonne étude de marché, sa prospection, son offre commerciale ? Faire croire que du statut ou du régime dépend la réussite de son entreprise est un leurre...
En revanche, un AE aurait-il plus de chance de pérenniser son entreprise sous forme de SARL ? Tout dépend : de son activité, de ses besoins en matériel, en financement, de sa situation fiscale et sociale personnelle, de sa situation maritale… Autant d’activités et d’entrepreneurs que de réponses ! Pour ma part, je n’ai pas de patrimoine à protéger, pas de besoin de matière première (autre que de la grise), pas de besoin en financement… Je démarre, pas forcément les moyens de payer des honoraires comptables, des honoraires pour des statuts (…) pas envie non plus de passer mon temps en intendance, plutôt le consacrer à mon activité, à ma prospection…
En conclusion
Pourquoi autant de mépris autour de ce régime ? Si ce n’est une attaque politique rangée… Y-a-t-il eu autant de tollé autour du régime de la Micro-Entreprise ? Les professions libérales sont-elle si peu crédibles ?
J’ai choisi d’être AE en tout état de cause et je suis fière de mon régime ! Je le recommanderai à tous ceux qui démarrent et plus particulièrement dans une activité de services. Associé aux avantages de l’Accre, il permet de payer bien moins de charges que n’importe quel autre régime. Associé aux programmes tels le Nacre, il permet d’être accompagné, de se former et de ne pas être seul(e) dans son parcours de création puis entrepreneuriat.









Commentaires
Salut Nath,
Comme toi, je suis AE, et comme toi je trouve le tollé autour de ce statut assez démesuré. J'ai adoré pouvoir me lancer très rapidement, et je HAIS remplir et cocher des cases sur des formulaires colorés. Je trouve proprement incroyable qu'avec des régimes plus complexes, on soit obligés de réserver, disons, 1/5 de notre temps pour des formalités.
Le seul élément que je trouve regrettable dans cette histoire d'AE, c'est le fait qu'on ne puisse pas retrancher nos frais du CA réalisé. Cela freine l'investissement, et donc la croissance de l'entreprise. C'est pourquoi je vais bientôt me décider à abandonner ce statut (sans avoir atteint de plafond de revenus) pour pouvoir réinjecter sereinement mes revenus, sans être imposé sur ceux-ci.
Comme toi, mon Docteur et mon Avocat, je suis fier d'être en profession libérale !
beau billet ma grande, cependant une chose est sure le statut d'autoentrepreneur est un statut qui s'adresse aux "entrepreneurs".
c'est un étape, pas un but.
hélas, nombre de personnes n'ont pas compris ce dernier point et y on vu un moyen de justifier fiscalement des revenus.
ce sont souvent cela qui déchantent et pondent des billets pleurnichard
L'article a le mérite d'exister et dans votre situation je comprends que l'auto entreprenariat vous aille parfaitement. Je pense que pour nombres d'indépendants, de jobbers, l'auto enreprenariat est un statut parfait.
Toutefois, il y a aussi des expériences dramatiques. Je vous compte une mésaventure: Un ami de longue date a été embauché en août dernier par une société qui assure le back office de la caisse d'épargne. On lui a dit: si vous voulez le boulot soit vous êtes auto entrepreneurs soit c'est niet. Mais ne vous inquiétez pas vous y gagner car vous êtes mieux payés, vous payez moins d'impôts. Il a foncé: 1900 euros par mois sur facture pour faire de l'administratif ca fait rêver. Ca lui fait en gros 1500 euros net contre les 1200 qu'il aurait pu avoir en salarié.
Mais il y a un gros mais: il a eu un petit accident et une absence d'une semaine avec un arrêt maladie... mais il n'était pas salarié... alors une semaine de paye en moins... quid de la retraite? quid des congés payés? quid de la protection du salarié en cas de litige? En novembre, le contrat s'est arrêté car la situation se dégradait... l'employeur alors l'a payé 45 jours après l'édition de sa dernière facture. En sus de cela: pas de chomage car il n'était pas salarié...
Franchement moi je trouve que ce statut est intéressant et un vrai progrès mais qu'il ne faut pas non plus voir des auto entrepreneurs partout et faire la promotion permanente de ce statut en incitant le plus grand nombre à s'y intéresser. Car si vous faites une prestation intellectuel par exemple vous n'avez pas de souci mais dès que vous faites du service avec de la refacturation ou de l'intermédiation vous êtes perdant. Il faut aider les gens à comprendre quel type de projet est faisable. Tous ne sont pas faisables et il est urgent de les guider pour éviter des désagréments.
En faisant un résumé facile, l'auto entreprenariat est parfait pour des gens qui sont plus tôt indépendant. En revanche dès qu'il est question de monter une équipe ou de créer une force de frappe ce n'est pas le bon statut. Effectivement l'auto entrepreneur a des partenaires, il n'en reste pas moins que selon la théorie de Ronald Coase sur la théorie des couts de transaction et des couts d'organisation, il est dans des coûts de transactions et donc pas dans une entité, une organisation, une entreprise.
Après il est évident qu'en tant qu'indépendant vous avez du faire une étude de marché, un business plan pour positionner votre activité et avancer mais avez vous fait un plan d'affaire sur 1 an ou 3 ans qui fait 80 ou 100 pages détaillant chaque action, chaque limite, chaque contrainte? J'en doute... pour une raison simple en tant qu'individuel c'est vous que vous devez gérer et votre marché. Votre force de travail est quantifiable facilement et est une donnée finie. Votre temps n'est pas extensible à l'infini. Quand vous créez une entreprise le vrai challenge au dela du concept, du marché et de la création de valeur, c'est la capacité à investir suffisamment pour avoir les moyens d'atteindre ces objectifs tout en étant rentable. En investissant trop vous pouvez tuer votre création de valeur. Les facteurs alors sont multiples contrairement à la situation de l'autoentrepreneur qui a une équation simplifié.
En conclusion, vous avez raison c'est surement le bon statut pour vous mais représentez vous la majorité des gens qui a adoptée ce statut?
Salut Nathalie, je suis contente d'avoir ton opinion sur le sujet, positive qui plus est, car je m'apprête à en faire un sur le fameux bouquin "comment rater sa création..." Après avoir lu, je dois dire que je suis mitigée. Je vais donc essayer d'être objective dans ce billet à venir ! Bien à toi
Je suis tout à fait d'accord avec ton billet. Je suis aussi ae et cela me convient parfaitement. De plus, j'ai ce statut en plus d'être salarié. Le but étant de pouvoir me lancer dans le grand bain par la suite, une fois le réseau fait et une bonne base de devis devant moi.
En revanche, je suis tout à fait d'accord avec clergyman. Il faut arrêter que ce statut soit utilisé pour un emploi déguisé. Je trouve cela inadmissible et pourtant cela se fait de plus en plus ... Mais est-ce la faute du statut ? ou des entrepreneurs qui en abusent ?
Merci pour votre point de vue, je pense en effet que les histoires peuvent être différentes d'une personne à l'autre en ce qui concerne l'AE.
Il y a aussi sans doute pas mal d'abus comme celui décrit par @Clergyman : des employeurs peu scrupuleux qui y voit un moyen de ne pas avoir de charges et de contraintes en demandant à des salariés de passer sous ce type de régime et en leur faisant de grandes promesses de volume d'affaires garanties.
J'abonde dans votre sens, votre article est juste. Pourquoi en France il est si difficile de créer son entreprise, pourquoi une bonne idée qui simplifie et favorise la création d'entreprise est invariablement décriée ?
Il est évident que simplifier ce qui est complexe apporte son lot d'abus et de manipulations.
Quand on devient AE, on devient entrepreneur, on devient chef d'entreprise et donc on récupère toutes les responsablités qui vont avec : gestion de son activité/inactivité, de la fin d'une mission (sans chomage), de son assurance santé/accident de la vie. @Clergyman : votre histoire est à double tranchant, il est clair qu'il y a abus, mais aussi inconscience. Votre ami est devenu un prestataire de service indépendant, qui s'est laissé abuser. Il aurait dû anticiper le fait que son client (et non employeur) pouvait décider de ne plus faire appel à ses services, donc rechercher d'autres clients, promouvoir son activité. Je conçois que personne n'a dû l'avertir à ce sujet... Mais la relation qu'il a accepté était une relation prestataire - client, et non employé - employeur. Et cela n'est pas lié au statut AE uniquement.
Le statut d'auto-entrepreneur est très populaire.
Le vrai problème est que beaucoup de personnes se disent qu'ils suffit de s'inscrire et que tout va se faire tout seul... il manque pour beaucoup d'une phase de réflexion et/ou formation sur la définition de son offre, son business model, une étude de marché, et surtout les démarches commerciales à entreprendre.
Il ne suffit pas d'avoir une idée qui semble bonne en théorie...
Pour celles et ceux qui veulent se lancer, je vous propose de nous rejoindre sur le Forum Auto Entrepreneur que j'ai mis en place :
http://autoentrepreneurinfo.com/for...
L'objectif est de s'entraider et de partager expériences, bonnes idées et conseils pratiques pour créer son auto-entreprise et la développer commercialement.
@DidierS merci Didier pour ton témoignage ! C'est vrai que je n'ai pas parlé des frais... C'est en effet un des points négatifs du régime AE. C'est pourquoi il reste idéal pour certaines activités et pas pour d'autres.
@Lolo merci mon grand ! oui c'est exactement ça : AE est une étape pas un but !
@clergyman merci pour ce témoignage intéressant. Il nous démontre bien que ce n'est pas le régime de l'AE qui est dangereux mais ce que l'on en fait !!! Voilà typiquement un cas où ce régime devient substitut de celui de salarié... Inconscience, méconnaissance et abus donne ce résultat regrettable pour votre ami. J'espère qu'il retrouvera une situation stable, salariée ou non.
en revanche, j'ai bien fait un prévisionnel sur 3ans
@priscilla j'attends avec impatience ton avis sur ce bouquin !
@R.Kueny : merci également ! je vais juste me permettre de jouer les mauvaises consciences... tu dis "une fois le réseau fait et une bonne base de devis devant moi." non Raphael, pas une base de devis... mais de commandes ! je te souhaite bonne chance !
@annonce légale merci pour ce commentaire !
@CanaillouGoth merci ! je suis d'accord avec toi, l'histoire de l'ami de @Clergyman n'est pas à mettre sur le compte du régime de l'AE mais exclusivement sur l'abus de l'employeur... c'est lui qu'il faut blamer !
@Ronan merci pour ce second avis sur le sujet. Juste un regret : pour un "pro" de l'AE tu pourrais peut être juste employer "régime" au lieu de "statut"
Salut Nathalie, j'ai fait mon billet. Tu verras, je ne me suis pas trop "mouillée" personnellement, je ne maîtrise pas assez le sujet ! J'ai donc juste relaté l'avis développé par l'auteur. N'hésites pas à lancer le débat en commentaire en tous cas, c'est fait pour ! Bien à toi